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lundi 15 juin 2009
Article rédigé par
Un
aéroport. Là où tant de destins se frôlent, s’esquivent, fuient, se
retrouvent, échouent, s’envolent, se cherchent, s’égarent. Là où
finiront par se croiser six destinées : celles d’Olivier (Patrick
Mille) et Lila (Anne Marivin), Julia (Carole Bouquet) et Marcel
(Pierre Arditi), Fanny (Monique Chomette) et Max (Michael Lonsdale).
Soit un père célibataire et une jeune femme en quête du prince
charmant. Une femme qui part mourir de l’autre côté de l’Atlantique et
un écrivain irascible en mal d’inspiration. Et enfin un vieux psy et
son amour de jeunesse.
Un aéroport donc. Là où nous finirons par nous égarer nous aussi... Là où s’achève le film (ou presque) et où il aurait pu commencer. Non, il commence bien avant, avec un enfant qui joue avec un ballon comme dans « M.Le Maudit » mais Amanda Sthers n’est pas Fritz Lang et on ne lui demande pas non plus. J’avais d’ailleurs beaucoup aimé son roman « Chicken street ». Sans doute ma déception est-elle à la hauteur de mon attente même s’il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’un premier film avec ses inéluctables maladresses et ses excès ( de sujets qu’on veut brasser à tout prix, de personnages, de bons mots que l’on souhaite placer, d’effets, d’intentions ). La vie, la mort, l’amour, la maladie, les petits plaisirs de l’existence, la maternité, l’immigration, les rêves, les regrets, le destin, la création... Beaucoup trop pour un seul film. Pour un seul film et pour trois tons.
Amanda
Sthers oscille ainsi constamment entre comédie outrancière, comédie
romantique mièvre et drame. C’est à mon avis dans le troisième qu’elle
est la meilleure et dans les deux premiers qu’elle s’est complètement
fourvoyée. Comment concilier un film où les commissariats ressemblent à
des clubs de vacances avec l’histoire d’une femme qui part se suicider
à l’étranger parce qu’elle ne veut pas affronter son cancer ? Comment
concilier l’histoire fleur bleue d’une rencontre improbable dans un
aéroport et celle d’un clandestin qui lutte pour sa vie ? C’est
quasiment impossible... à moins d’être Woody Allen. C’est en tout cas
beaucoup pour un premier film qui frôle malgré lui l’indécence, malgré
les bonnes intentions de son auteur que je ne mets pas en cause mais
qui clignotent comme les panneaux d’un hall d’aéroport. Ou comment
contenir le journal intime de toute une vie dans un mince carnet de
quelques pages ? C’est un détail me direz-vous... Mais c’est dans les
détails qu’on reconnaît les grands films et que se révèlent les failles
dévastratrices des autres.
L’histoire
d’Olivier et Lila, sa fraîcheur et sa fantaisie auraient pu la rendre
drôle et touchante, elle est malheureusement d’une naïveté confondante.
Il faut saisir sa chance, donner une chance à ses rêves nous dit-on.
Certes, encore faut-il qu’ils soient ancrés dans leur époque, dans une
réalité et qu’ils ne soient pas portés par des personnages aussi
stéréotypés qui édictent des vérités.
Pourquoi ne pas avoir osé le drame ou carrément, à l’inverse, la comédie romantique à la Richard Curtis ?
Restent les personnages de Julia et Marcel interprétés par Carole Bouquet et Pierre Arditi, sauvés par leurs deux acteurs, et dont l’histoire aurait pu m’emporter si elle n’avait explosé en plein vol. Il faudra m’expliquer pourquoi elle choisit le Québec pour mettre fin à ses jours et malheureusement la musique (signée Sinclair), rend pathétique ce qui aurait permis à l’émotion d’affleurer sans elle.
J’aurais
aimé être emballée par ce premier film, j’aurai aimé croire en ces
deuxièmes chances, ces rencontres improbables et magiques, mais la
magie n’opère pas, entravée de surcroît par de nombreuses
invraisemblances (dont on peut s’accommoder dans la comédie mais pas
dans le drame, d’où le caractère inconciliable des différents tons).
J’étais déjà prête à défendre férocement ce film face aux cyniques
habituels qui ne croient ni aux destins ni aux rêves ni que le cinéma
peut leur donner des ailes mais malheureusement je suis constamment
restée à distance de ces personnages insaisissables, de leurs
trajectoires invraisemblables.
Le film choral est à la mode, mais sa réussite implique un travail d’orfèvre pour que tout s’imbrique. L’été dernier, Rémi Bezançon nous avait touchés avec « Le premier jour du reste de ta vie ». Pour Amanda Sthers qui pourtant manie les mots avec habileté c’est sans doute le premier jour du reste de sa vie de cinéaste, elle a encore le temps de faire du cinéma et de nous toucher comme elle l’avait fait en tant qu’auteur. Au suivant donc.
Sandra Mézière. 13 fois jurée de Festivals de cinéma. 18 ans de pérégrinations festivalières et cinématographiques. Diplômée en droit, sciences (...)
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