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De Jacques Polge à Thierry Wasser : des visions personnelles de la qualité

vendredi 10 juin 2011

Article rédigé par poletine


A l’ère du tout naturel, les grandes marques dans le secteur des cosmétiques, et plus particulièrement dans le secteur de la parfumerie, sont pressées par les consommateurs de ne pas recourir à la synthèse. Mais les enjeux véritables ne résident pas dans l’exclusivité du naturel.

Pour certains consommateurs, il arrive que la qualité d’un parfum se limite à la question de la provenance de ces matières premières. C’est qu’il est facile de confondre produit naturel avec produit de qualité, et d’amalgamer les composants synthétiques à une consommation à risque. C’est une idée reçue sans véritables fondements. Un parfum de qualité est le plus souvent constitué d’éléments naturels et d’élément synthétiques. La véritable qualité se définit autrement.

Un argument de poids allant à l’encontre du privilège donné aux produits naturels : le fait qu’avoir recours à une recréation des matières premières en laboratoire peut éviter d’aller puiser à même leur habitat naturel des ressources protégées, car menacées de disparition. En outre, la synthèse permet aussi d’accroître la créativité des parfumeurs, et même de reproduire des molécules dont l’odeur n’existe pas à l’état naturel.

La vraie démarche qualité se traduit différemment. Notamment dans la traçabilité des matières premières. Ce n’est pas le tout d’assurer que les composants d’un parfum ne proviennent pas d’une manœuvre de laboratoire. C’est parce que le parfumeur va surveiller les conditions de production des matières premières. Mais c’est surtout parce qu’il va opérer une sélection en fonction de sa personnalité et de ses préférences pour élaborer le produit final, que ce dernier pourra se targuer de qualité.

Ainsi, en plus des normes de plus en plus précises qui s’applique eu secteur de la parfumerie, s’ajoute l’amour du parfumeur pour les composants. Ainsi Jean Claude Hellena chez Hermès confie son goût croissant pour l’épure et sa sélection de plus en plus restrictive des molécules qu’il fait intervenir lors de sa création. Jacques Polge, chez Chanel, insiste sur le fait qu’en plus de la qualité des matières premières il s’intéresse aux possibilités de variations et d’interprétation auxquelles elles donnent lieu, et surtout à leur pérennité.

De son coté, Thierry Wasser, parfumeur chez Guerlain, sait par exemple que pour l’Eau Impériale de Guerlain dégage le parfum exigé, il est nécessaire que les fleurs de bergamotiers et d’orange-bigaradiers - qui donnent l’essence de Neroli, constitutive de l’eau de Cologne - soient soumises à un ensoleillement et une pluviosité savamment équilibrée. C’est pour cela qu’il surveille de près surveille la qualité de ces essences produites en Calabre, à l’extrême sud-ouest de l’Italie.

Un amour qui se manifeste de différentes façons, mais qui reste le véritable fondateur d’un produit de qualité, plus qu’une simple garantie « nature », qui ne signifie pas grand-chose dans le fond et qui n’est pas du tout pertinente dans le cadre de la parfumerie.
 

De Jacques Polge à Thierry Wasser : des visions personnelles de la qualité

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