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mercredi 8 septembre 2010
Article rédigé par
Haut lieu de la Provence et deuxième ville de France, Marseille a fasciné Marcel Pagnol. Ecrivain et cinéaste, l’homme fut au siècle dernier une figure des rives méditerranéennes. Il y a exactement 60 ans, en septembre 1950, Pagnol fut déjà renommé à l’Académie française et cria l’amour qu’il avait pour cette cité fondée par les marins grecs « où un navire arrive ou part toutes les demi-heures ». La vision romantique de Pagnol commençait déjà à ne plus coller totalement à la ville, emportée par les restructurations de l’après-guerre. Mais peu importe : un pastis, une partie de boules, un coup de feu dans une ruelle, et nous voici dans un Marseille de rêve.
C’est à Marseille que Marcel Pagnol a rencontré Marius, César et Fanny. En 1950, alors qu’il collaborait au film « Le Rosier de Madame Husson » de Jean Boyer, Pagnol se laissait allègrement bercer par les terrasses de Marseille, « une ville qu’on peut définir en trois mots : soleil, commerce et pastis ». Car le membre de l’académie française était quelque peu grandiloquent dans ses prévisions : « Marseille, porte de l’Afrique, aura en l’an 2000 plusieurs millions d’habitants et sera l’un des grands ports aériens du monde ». En 1950 on lui a reproché que Marseille ne ressemblait plus aux êtres poétiques qu’il a pu faire vivre dans ses œuvres, mais il n’en avait cure : « Il suffit de se promener dans n’importe laquelle des rues exubérantes de Marseille et, cette année encore, Marius, Fanny et César sont toujours là comme en 1925 ».
Jeune, il était fasciné par le Vieux-Port et par les marseillaises « qui levaient toujours leurs yeux vers les hauts platanes ». Ce qu’il avait en tête désormais, c’était d’inaugurer une statue d’Edmond Rostand, « l’un des marseillais les plus méconnus » sur la place de la Préfecture. Pour sûr, elle aurait eu un public : Il y a 60 ans, aucune autre ville de France n’avait autant de passants : Près de 4 millions, soit toute la Terre en transit. Aucune autre n’avait autant d’étrangers, soit toute la Terre en demeure. Pagnol fut observateur : « Nègres du Congo ou de la Géorgie, marchands grecs, dockers turcs ou arabes entassés à 10 dans un débarras du quartier des Chapeliers, maçons italiens, russes avaleurs de sabres, kirghizes, mercenaires asiates des armées hitlériennes, parisiens à l’accent aigu, corses aux cheveux plats et arméniens en loques noires font de Marseille une arche de Noé ».
Comme Rome, Athènes ou Carthage, Marseille vit le jour entre sept collines, et on devait y inaugurer, en 1950, le 17ème étage de la Villa radieuse de Le Corbusier. 75 000 touristes venaient déjà baigner chaque année dans la ville, visiter le Château d’If ou le Vieux-Port, manger des coquillages et boire du vin blanc. Sous les yeux du maire, le gaulliste Michel Carlini, ce sont trois figures emblématiques qui se livraient bataille sur le port : le « rouge » Marcel Andréani qui se faisant l’écho de la CGT chez les dockers, le « soldat » de Marsilly, qui chargea les armes pour l’Indochine malgré les grèves, et le « poète » Jean Ballard, directeur des « Cahiers du sud », qui vérifia les marchandises du port.
En 1950, Marseille comptait 150 000 joueurs de boules (soit près du quart de la ville !), et 200 fabricants de pastis y vendaient chaque jours 6 000 litres que ce que les locaux appellent « l’anis ». Sans compter que 4 000 bars étaient dévolus aux joueurs de cartes, dont les parties s’éternisaient tard dans la soirée. Les gangs ? Ils y étaient déjà moins influents et audacieux que jadis. La presse rappelait que « les gangsters marseillais sont devenus doux comme des agneaux. On tue dix fois plus à Paris ».
Sue la canebière, les règlements de compte étaient essentiellement verbaux, et seuls deux gangs, les Guerrini et les Renucci, régnaient sur le milieu, contrôlé jadis par les illustres Paul Carbone et François Spirito. Pagnol le regrettait au fond de lui même, Marseille perdait son statut de capitale de série noire, et « les caïds se sont embourgeoisés ». Entre les vagues de la Méditerranée, on put voir autant de bikinis que de voiles latines : les femmes des pêcheurs vendaient à la criée depuis leur bateau, et la plage des Catalans se trouvait à quelques minutes à peine du tramway de la Canebière. Chaque dimanche, 10 000 personnes y profitaient de la mer et du soleil, dont les plus jolies baigneuses de la ville.
Dominique (xxx.xxx.xxx.251) le 8 septembre 2010 à 20h03
Pour les gangs marseillais, on a eu droit plus récemment à Francis Vanverberghe dit "Francis le Belge".
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