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jeudi 27 novembre 2008
Passionnées d’art, spécialisées dans les originaux multiples (lithographies, gravures, sérigraphies), nous tentons par l’intermédiaire de notre site (...)
Consulter la fiche auteurIl y a un siècle, Gustav Klimt offrait son « Baiser » au monde et inventait ainsi un nouveau chemin pour l’art moderne en rompant avec l’Académisme et en préfigurant l’Expressionnisme, mouvement pluridisciplinaire à peine naissant. A l’heure où Vienne lui rend hommage, revenons sur ce moment charnière de l’éclosion du XXe siècle.
En art, tout comme en histoire, les
grands bouleversements commencent souvent par des cassures nettes et
brutales qui, soudain, nous confrontent à une évidence
: ce qui était ne pourra plus être !
A Vienne, en 1908, pour fêter la soixantième année de règne de François-Joseph Ier (oui, oui, le mari de Sissi), est organisé la « Kunstschau », une incroyable exposition notamment emmenée par les artistes de la « Sécession », au premier rang desquels Gustav Klimt.
Pour ce faire, une ville entière a été construite, sous l’égide de l’architecte Josef Hoffman où 176 artistes (dont un tiers de femmes) exposent leurs oeuvres.
Ainsi le vieil Empire Austro-Hongrois, symbole du XIXe siècle triomphant, affiche, aux yeux du monde, sa modernité artistique et sa capacité à se réinventer. Car l’un de ses fils, Gustav Klimt l’a mené jusqu’aux contreforts du siècle naissant. Lui qui était devenu le portraitiste attitré de la bourgeoisie viennoise a, depuis 1900, entrepris une relecture de son art.
Tout en conservant, au début, son style hérité des Arts Décoratifs, avec les ors venues de l’héritage byzantin, il a changé de cap et ouvert la voie vers une repésentation moderne de la sensualité au travers d’un symbolisme magnifié, mettant l’être humain et ses ressentis au coeur de la création artistique. Avec lui, ce sont les artistes viennois dans leur ensemble, qui sont entrés dans l’ère nouvelle, certains étant ses élèves (Oskar Kokoschka), d’autres juste ses amis (Egon Schiele), d’autres encore les co-fondateurs de la Sécession (Josef Maria Olbrich ou Koloman Moser).
En cette année 1908, et au travers de cette exposition qui habite le coeur de Vienne, ce que Gustav Klimt et les autres font, c’est ouvrir la porte à l’un des mouvements les plus importants de la peinture : l’expressionnisme.
Tandis qu’au même moment en France, Braque et Picasso (avec « Le Grand Nu » et « Les Demoiselles d’Avignon ») inventent le cubisme, au coeur de l’Europe c’est tout un pan de la culture germanique (et bien au-delà, occidentale) qui se met en place.
Car au-delà du « Baiser » ce que Klimt a instauré depuis le début des années 1900 c’est l’émancipation de l’art. Loin des dogmes religieux, débarassé de l’académisme venu d’un néo-classicisme teinté de baroque, en parallèle avec les écrits d’un autre révolutionnaire viennois (d’adoption) Sigmund Freud, c’est une civilisation nouvelle qui voit le jour.
Choquant, Gustav Klimt l’est assurément pour ses contemporains et compatriotes. N’oublions pas que trois oeuvres monumentales qu’il avait réalisées pour l’Université de Vienne seront détruites par les nazis, quarante-cinq ans après leur création...
Donc, comme beaucoup de précurseurs, il choque. Dans l’extase du couple du « Baiser », dans l’évocation toute expressionniste de la vieillesse dans « Les trois âges de la femme », dans la position fœtale de « Danaé » inondée par le flot de la fécondité, il y a matière pour les Viennois à être heurtés, mais ce qui prend alors forme c’est bel et bien la naissance d’un nouveau siècle.
C’était il y a 100 ans, à l’aube d’un temps nouveau, sous les auspices d’un Art qu’on allait aussi qualifier de Nouveau...


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