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mardi 17 novembre 2009
Wagnérien, amateur d’opéra, de danse contemporaine, d’art et de culture. Signe distinctif : très eclectique.
Consulter la fiche auteur"Manga" évoque pour la plupart d’entre nous des souvenirs de jeunesse, des dessins animés qui ont déferlé sur la télé française depuis les années 70. Du Roi Leo (qui inspira le Roi Lion) à Dragon ball Z, en passant par Goldorak, Candy ou Albator, nous avons toutes et tous en tête ces dessins en provenance du pays du soleil levant, ces grands yeux, ces personnages archétypes, ces luttes du bien contre le mal, de la justice contre l’injustice.
Le phénomène manga a depuis, largement quitté le Japon et des dessinateurs de tous les continents ont imprimé les codes visuels dans leurs travaux personnels. Les sujets eux aussi se sont très largement diversifiés, le monde des enfants n’étant désormais qu’une facette de cet univers que d’aucuns osent déjà qualifier d’art.
Je vous propose une interview rencontre avec Dimitri Lam, "mangaka" français dont l’univers est bien loin des animes de notre enfance .... Encore que !
Salut Dimitri ! Tu es dessinateur et tu publies depuis le 26 octobre sur Tetu.com un manga sur la vie de Josh, Yuri et Talia. C’est quoi un manga français ?
Un manga français, c’est une bande dessinée à forte influence et style manga réalisée par un auteur français, tout simplement.
Quelles sont tes sources d’inspiration visuelle ? Quels sont tes maitres japonais ? Dans ton univers, y a-t-il des racines dans la BD européenne ? les comics américains ?
Mon inspiration est assez vaste, née de diverses influences du monde de la bande dessinée, des mangas, de comics et aussi du cinéma et de la musique. j’ai toujours fonctionné au feeling et à l’émotion, en suivant fidèlement les artistes qui m’avaient marqué à un moment précis. C’est le cas avec des réalisateurs comme Tim Burton (Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow...), le néo zélandais Peter Jackson (Créatures Célestes, Le Seigneur des Anneaux...), Hayao Miyazaki et le studio Ghibli (Le voyage de Chihiro, Nausicäa de la vallée du vent...), des auteurs de comics comme Franck Miller (Sin City, 300, The dark knight year one...) ou les mangakas Yukito Kishiro (Gunnm, Gunnm Last order, Aqua Knight...), Junji Ito (Spirale, Tomié...), le groupe Clamp (XXXholic, Clover...).
La musique n’est pas en reste car elle est omniprésente pendant que je crée, que ce soit avec des musiques de films de Joe Hisaishi (Hana-Bi, l’été de Kikujiro, Mon voisin Totoro...), Kenji Kawai (Avalon, Ghost in the shell...), Philip Glass (The hours, Candyman...) et tout simplement des artistes comme Annie Lennox (Diva, Songs of mass destruction...) et Eurythmics (sweet dreams, Peace...) que j’affectionne et que je suis depuis de nombreuses années.
Toutes ces images et sons absorbés ont donc nourri consciemment ou non l’univers que j’ai créé au fil du temps.
Pourquoi cette envie de faire de ton héros un jeune gay ?
Tout simplement pour qu’il soit plus proche de son auteur (rires) !!! Josh est un projet très personnel, quasi autobiographique. Je voulais que l’histoire soit imprégnée de mon expérience, de situations vécues... Le personnage principal ayant une psychologie très travaillée, le fait de le faire gay m’est venu naturellement, en plus du challenge qu’aucun artiste français n’avait abordé le sujet.
Au delà d’une volonté de raconter le quotidien d’un jeune homo, pourquoi te lancer dans un tel défi ? t’es tu fixé des contraintes sur la régularité, le temps consacré à Josh ?
L’envie de montrer autre chose surtout, le défi de faire tomber certains préjugés sur les gays, tenter d’éviter les habituels clichés. Et puis, même si Josh est à la base un projet très ancien, il m’a permis de faire mon coming out pendant mes années de lycée. J’avais posé l’histoire et mes sentiments de l’époque dans un script d’une quinzaine de pages pour m’aider à m’assumer et extérioriser ce que je gardais pour moi. J’ai donc envie de donner vie à mon récit et de faire suivre au public les pérégrinations de ces trois héros peu ordinaires auxquels je me suis attaché.
Mon but est de présenter au moins un chapitre complet (environ 20 pages) chaque mois aux visiteurs de mon blog. Pour les 3 premiers épisodes de Josh, j’ai décidé de proposer un chapitre tous les 15 jours, histoire de laisser peu d’attente pour les lecteurs.
Quel(s) plaisir(s) retires tu de ce projet ? Est-ce le dessin, l’histoire, l’envie de faire évoluer tes personnages ?
L’envie première de partager avec les gens ses personnages et son univers, une partie de moi. J’espère sincèrement proposer une histoire captivante et divertissante. J’aimerais dans l’absolu que ce manga soit aussi bien lu par un public gay que non gay, qui soit principalement intéressé par mon style graphique et par le récit traité, en ne s’arrêtant pas au speech : "Josh est un héros gay dans sa vie de tous les jours". Je voudrais plutôt qu’on y comprenne : "Ok, Josh est gay, il a des amis gays et hétéro, et il vit les même choses que nous, finalement il n’y a pas de si grosses différences avec notre vie."
Josh et Yuri sont plutôt très beaux, est ce que ce coté "séduction" est important pour toi ? Veux tu qu’ils plaisent à tes lecteurs ? Te séduisent-ils, d’ailleurs ? ;-)
Josh, Yuri et Talia sont des personnages séduisants en effet mais je les ai voulu ainsi avec l’idée de montrer trois adolescents dans leur vingtaine pure et innocente pour ensuite les confronter à la dureté de la vie de tous les jours. Chacun dégage une aura très différente et jouer à les abîmer ou les embellir suivant la situation est un réel plaisir. Etre beau ne signifie pas être bon, être bien dans ses baskets ou parfait. Je veux gratter le vernis et présenter trois héros, avant tout humains et que l’on se sente le plus proche d’eux, qu’on les apprécie aussi bien pour leur charme que pour leurs fêlures intérieures.
Josh et Yuri te séduisent-ils, d’ailleurs ? ;-)
Je mets beaucoup de ma personnalité dans ces protagonistes, donc je me suis beaucoup attaché à eux et à leur univers. Mais je dois bien avouer que je trouve Josh très aguicheur. (rires)
L’histoire est-elle déjà écrite ? Sais tu quand Josh se terminera ou écris-tu le scénario au fur et à mesure ?
La trame scénaristique principale de Josh est déjà posée. L’histoire devrait durer quelques temps encore (rires). Quand je dessine mes planches, de nombreuses idées nouvelles jaillissent dans ma tête, certaines bonnes, d’autres moins, et il m’arrive souvent d’ajouter celles qui me plaisent au dernier moment à l’histoire en cours. ;
Plus sérieusement, comment s’est amorcée la collaboration avec Tetu ? Qu’en attends tu ?
Elle s’est faite naturellement par une candidature spontanée en tant qu’illustrateur. Gilles Wullus, rédacteur en chef du magazine Têtu, m’a alors contacté pour me proposer d’animer librement un blog manga gay sur têtu.com . J’ai saisi l’opportunité de présenter mon travail et mon univers, ainsi que le manga de JOSH, en exclusivité lisible sur têtu avant son édition papier.
Notre collaboration se limite juste à ce blog pour le moment. Wait and see...
30 ans, c’est l’âge ou commencent à s’effacer les doutes et les questions existentielles qu’on porte à 20 ans non ... Est ce que Josh tire parti de ton expérience accumulée entre 1998 (date de la création du personnage) et 2009 ?
Le récit de Josh est tiré en partie de mon expérience vécue, les rêves, les désillusions. Son état d’esprit de 1998 n’a pas énormément changé, il est juste un peu plus ancré dans la réalité, plus terre à terre. Les rêves que l’on a à 20 ans ne sont pas forcément les mêmes qu’à 30 ans. Les rencontres faites, les expériences endurées forgent et changent un caractère, il en est de même pour Josh. L’histoire est moins sombre et fleur bleue qu’elle ne l’était en 1998, elle a gagné en crédibilité et réalisme, ce qui est un point non négligeable pour crédibiliser mes personnages dans leur environnement.
Est ce que tu vis de ton art ?
Non, pas encore malheureusement !!! Je travaille à la promotion de mon art via mon association Babylon Chronicles, avec qui j’expose et vends mes travaux lors de conventions Manga, à travers toute l’europe. Cyrille Alviset, le président de Babylon Chronicles, produit depuis mes débuts chacun de mes travaux, il sait me soutenir et m’offrir son point de vue sur mes choix artistiques. Chaque vente nous permet d’autoproduire les projets suivants, par exemple, la future édition relié du manga Josh !!!
Veux tu en faire ton métier si ce n’est déjà fait ?
J’aimerais beaucoup, en effet, et j’espère y parvenir un jour !!! En tout cas, j’y travaille avec acharnement et passion !!!
Dernière question : il a un grand frère, Josh ? ;-)
En effet, Josh est le cadet d’une famille de trois enfants. Il a donc un grand frère et une grande soeur !!!
Propos recueillis par Manuel Atréide
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Illustration : © Dimitri Lam


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