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vendredi 6 mai 2011
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Le projet d’art public de Ai Weiwei, Circle of Animals : Zodiac Heads, a été dévoilé mercredi matin au pied de la Fontaine Pulitzer de New York. L’œuvre monumentale est construite de 12 têtes d’animaux en bronze, représentant les différentes phases du calendrier chinois : le dragon, le serpent, le mouton, le bouc, élargies à des tailles énormes et disposée dans un demi-cercle autour du basin de la fontaine.
L’œuvre affiche tout le flair poker et la sensibilité esthétique de l’artiste, qui l’a rendu célèbre même avant sa détention, le 3 avril, par les autorités chinoises. Elle est, à la fois, une leçon de symbolisme astrologique chinois et des figures inévitablement populaires, car tout le monde aime les animaux.
Il y a, bien entendu, un sens plus profond aux têtes, qui sont des répliques exactes d’une douzaine de becs de fontaines qui ornait un horloge à eau impérial chinois, avant que les forces maraudeurs anglo-français ne viennent les dérober pendant la deuxième Guerre de l’Opium dans les années 1850.
La Chine vit maintenant bien son ascension au super-pouvoir et le gouvernement a fait du rapatriement des artefacts chinois une priorité culturelle, se mettant à l’offensive contre Christie’s en 2009 quand Christie’s avait voulu inclure deux des têtes, le rat et le lapin, dans sa vente historique Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.
Après la défaite de ses avocats, la Chine avait suggéré qu’elle allait trouver un moyen de régler ses compte avec la maison d’enchères. Pierre Bergé a répondu qu’il offrirait volontiers les œuvres à la Chine si le pays jurait de « respecter les droits de l’Homme, rendre sa liberté au peuple Tibétain et accueillir le Dalai Lama ». Lors de la vente, un homme d’affaires chinois a enchéri et gagné les deux œuvres, dans un acte de ferveur nationaliste. Il a alors déclaré qui ne payerait pas et que ses enchères avaient pour but de saboter la vente.
Rigolo au premier abord, Circle of Animals : Zodiac Heads est alors aussi une référence a la manière dont la culture est appropriée pour attiser le nationalisme et les relations turbulentes du pouvoir, de l’argent et de la politique qui sévissent sous un simple spectacle.
Le lancement pour la presse à New York était, à ce propos, un cocktail étrange d’inauguration publique, théâtre politique et un honnête plaidoyer du monde des arts.
Le maire Michael R. Bloomberg a appelé à la libération de Ai Weiwei, « déclarant que « le simple fait que que nous ne savons pas ou il est, et quand il sera relâché, est très inquiétant » et ajoutant : « je continuerai de dénoncer les atteintes à la liberté d’expression partout ou celles-ci surviennent ». Un joli speech politique, plein d’historique et de langage grandiose - mais commun au climat politique aux Etats-Unis, qui lui aussi s’est uni à l’appui de Ai Weiwei dans la fureur diplomatique et médiatique internationale qui a suivi sa détention. Bloomberg a aussi ajouté un peu de publicité pour sa ville, célébrant l’artiste comme un grand new-yorker. Ai Weiwei a effectivement vécu à New York pendant une dizaine d’années.
Le discours de Bloomberg a été suivi d’une lecture par 12 représentants de la communauté culturelle de New York qui ont récité des sections d’un livre de messages de blog que Ai a récemment publié. Le groupe a évidemment été choisi pour incarner la solidarité du monde artistique avec Ai, autant que pour montrer l’image de diversité local dont avait parlé le maire. Il y avait l’artiste Tony Bechara (né à Puerto Rico) ; l’artiste et cinéaste Julian Schnabel ; l’artiste vidéo Iranienne Shirin Neshat ; la tête de la Asia Society, Melissa Chu ; la présidente du Public Art Fund, Susan Freedman ; Alexandra Munroe, curatrice d’art asiatique au Guggenheim ; le peintre Brice Marden ; le directeur du Queens Museum of Art, Tom Finkelpearl ; le danseur et chorégraphe Bill T. Jones ; et le poète Yusef Komunyakaa.
Une manifestante solitaire, Susan Henoch, était aussi au rendez-vous, tenant deux placards avec le visage de l’artiste disparu en dehors de la cérémonie. Elle a aussi tenu ses propres veillées devant le consulat chinois. « Je pense juste qu’il faut rester courageux, pour lui », a-t-elle déclarée dans ce qui était peut-être la partie la plus émouvante de cet inauguration.
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