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vendredi 19 février 2010
Article rédigé par
J’étais hier soir à l’opéra Bastille pour l’antépénultième représentation de la Somnambule de Bellini, dont le rôle phare, Amina, était assuré par Natalie Dessay. Une Somnambule qui s’est terminée plus rapidement que prévu, puisqu’interrompue à l’entracte en raison de l’état de sante de Madame Dessay.
Déjà, lors de la première le 25 janvier dernier, une apparitrice était venue sur scène pour annoncer que Madame Dessay souffrait d’une pharyngite. Début de bronca dans le public, mais tout était rentré dans l’ordre une fois que l’apparitrice eut annoncé que Natalie Dessay assurerait néanmoins la représentation.
Cette première s’était passée un peu vaille que vaille, Natalie Dessay peinant à assurer le rôle - exigeant - d’Amina, mais bon an, mal an, tout s’était déroulé sans trop d’accrocs jusqu’au tomber de rideau. Un de mes amis y était et si la soirée n’avait pas été fabuleuse, elle n’avait pas fait naufrage. Ce sentiment s’était d’ailleurs reflété dans les critiques parues dans la presse.
Ce soir, rebelote. Alors que le début du spectacle se fait attendre, l’apparitrice fait sa réapparition pour nous annoncer que Madame Dessay est cette fois ci très souffrante mais qu’elle assurera tout de même la représentation. Encore un peu d’attente, ce qui est inhabituel et l’opéra démarre.
C’est une Natalie Dessay fantômatique et à bout de souffle qui monte sur scène après l’introduction de l’oeuvre par Marie-Adeline Henry campant une très belle Lisa (mis à part un costume de call-girl des années 80), accompagné des choeurs de l’Opéra de Paris. Si Madame Dessay, qui souffre visiblement, réussit à assurer un minimum son rôle, c’est au prix d’un écrêtage quasi systématique des aigus de la partition. La voix est faible, voilée et je n’arrive pas à savoir si elle chante vraiment dans les airs de groupe.
L’entracte arrive comme une bouffée d’air frais. Les quintes de toux dans la salle, tout au long du premier acte, sont-elles le signe que le public souffre comme la cantatrice ou le spectre de la grippe H1N1 plane-t-il sur bastille ce soir ? Allez savoir ! Toujours est-il qu’alors que de nouveau, l’entracte se prolonge un peu trop, l’apparitrice (décidément le rôle titre de cette production) revient sur scène, l’air navré, avec visiblement un peu d’appréhension, pour nous annoncer que Madame Dessay est aphone et qu’elle ne pourra donc pas assurer le second acte de la Somnambule. La représentation est annulée, vous devez rentrer chez vous, cher public.
Ceci pourrait n’être qu’une péripétie. Après tout, rien de très bizarre qu’une cantatrice attrape froid en plein hiver.
Oui mais elle était déjà souffrante il y a 3 semaines et demi.
Oui mais elle a déjà connu une période de méforme prolongée dans sa carrière, au début des années 2000, étant obligée d’aller jusqu’à annuler sa participation dans ... La Somnambule à Vienne durant la saison 2001 - 2002. La Somnambule, déjà ... Elle avait d’ailleurs été opérée d’un polype sur une corde vocale en juillet 2002.
Oui mais, après un bref mais triomphal retour, elle avait du être de nouveau opérée d’un autre polype en janvier 2005.
Natalie Dessay va avoir 45 ans dans quelques semaines. C’est loin d’être un âge canonique pour une cantatrice, mais elle arrive à un moment de la vie où la voix connait ses premières faiblesses. Elle avait commencé dans des rôles de coloratures comme la Reine de la Nuit dans La Flute Enchantée de Mozart, Lucia di Lammermoor ou Olympia dans les Contes d’Hoffman. Rôle qu’elle ne peut plus désormais assurer, ce qui est tout à fait normal dans une carrière lyrique.
Alors, que penser de son échec dans un rôle qu’elle affectionne, même si elle avait déclaré s’en lasser et que cette série de représentations serait la dernière ? Natalie Dessay a-t-elle un gros coup de fatigue depuis un mois ? Ou est-ce de nouveau plus sérieux ?
Après l’avoir vue jeter l’éponge hier soir, on est en droit de se poser la question. Elle a, si on en croit le programme, deux dernières représentations à assurer, la prochaine étant ce dimanche 21 février, la dernière, deux jours après. Sera-t-elle au rendez-vous ? Ou, avons nous assisté, ce soir, au début du crépuscule ?
Ce serait assurément un coup de tonnerre dans le monde lyrique.
Post Scriptum : Jointe au téléphone ce matin, l’attachée de presse de Madame Dessay m’a confirmé que cette dernière souffre d’un "gros rhume" depuis un mois et que cela l’a handicapée à chacune des représentations qu’elle a, jusque là, assuré à l’Opéra National de Paris. Elle m’a en revanche assuré qu’il n’y avait rien de plus grave, dont acte.
Elle m’a aussi précisé qu’en cas de maladie, la décision d’assurer la représentation - ou pas - était le plus souvent prise par l’artiste lui même. Si tel était le cas hier soir, Madame Dessay a pris la mauvaise décision. C’est dommage pour le public, j’espère qu’il n’y aura pas de conséquences pour elle et pour sa voix.
Au delà de cette contre-performance et des inquiétudes qu’elle peut entrainer sur la poursuite de la carrière de Madame Dessay, je lui souhaite bien sûr un prompt rétablissement, quitte à ce qu’elle accepte enfin de se faire remplacer lors des deux dernières représentations de la Somnambule. Une grande dame du monde lyrique ne doit pas indéfiniment jouer ainsi avec son public.
Manuel Atréide
Mise à jour à 11h00 : Après avoir joint le service de presse de l’Opéra de Paris, j’ai eu la confirmation du fait que Madame Dessay avait elle même pris la décision d’assurer sa performance hier soir. "Nous ne forçons personne à chanter" ...
En revanche, aucune décision n’est prise pour le moment sur le devenir des deux dernières représentations. Les informations seront fournies sur le site de l’Opéra de Paris dans la journée. Et concernant la représentation d’hier soir, les spectateurs ne seront pas remboursés, plus de 50% de la représentation ayant été assuré. Cependant un geste commercial sera fait en direction des personnes présentes hier soir. Là encore, les informations seront disponibles sur le site web de la maison dès que la direction aura statué sur la nature de ce geste.
Wagnérien, amateur d’opéra, de danse contemporaine, d’art et de culture. Signe distinctif : très eclectique.
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