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Tu aimes ma robe du soir, chéri ?

mercredi 1er septembre 2010

Article rédigé par Dominique Rhinoblanc


Mesdames et messieurs, asseyez-vous confortablement, admirez et applaudissez sans retenue les robes de la rentrée… Dans les défilés, le succès d’une robe s’apprécie en secondes d’applaudissements. C’était du moins la règle aux prémices de l’automne 1950, il y a exactement 60 ans. La mode, esquissée en août, fut ainsi à la merci d’un flot de spectateurs réunissant la presse, les magasiniers et les confectionneurs. De fins connaisseurs composaient le public, et l’élégance féminine était à leur merci.

Sur son site « Reflexions du miroir », notre ami belge L’enfoiré évoque une « extase automnale » (voir ici) en annonçant que l’automne « apporte les couleurs de la nostalgie, peut-être, après des vacances au soleil, mais alors quel concert de couleurs ». Il y a 60 ans, pourtant, L’enfoiré aurait sans doute été émerveillé par des couleurs moins chantantes. Car après l’engouement soudain pour les robes oranges au printemps 1950 (voir ici), c’est désormais l’usage du noir et de la ligne droite qui prévaut dans la haute couture. Mais l’unité était loin d’être faite. Allait-on assister à la formule new look ou à un retour à 1900 ? Les créateurs partaient dans des directions opposées.

Le style de Balenciaga restait emprunt de sobriété alors que celui de Pierre Balmain affichait l’exotisme. Et alors que Jacques Fath délaissait la fantaisie pour prendre la voie du classicisme, Christian Dior restait fidèle à sa ligne. C’est entendu : A la rentrée 1950, chacun a sa vérité, et les modes seraient multiples. Une bataille âpre s’était engagée entre les couturiers pour s’afficher en haut du podium pour les robes du soir. Les gagnants furent Balmain, Dior, Fath et Schiaparelli. Ce sont ces quatre créateurs qui ont été le plus applaudi, et les robes du soir fut leur touche de luxe, représentant un dixième de leur collection.

Encensés par les stars, les milliardaires brésiliennes et la duchesse de Windsor, les marques y ont mis toute leur fantaisie. La robe « Amérique » de Dior, par exemple, avait nécessité 315 mètres de tulle blanc et rose. Bien entendu, seules les plus belles femmes avaient le privilège de défiler vêtues de ces robes. Tout le monde y trouvait son compte : Elles faisaient valoir les robes, et les robes les faisaient valoir. A travers la magie des robes du soir, c’est néanmoins les tailleurs, les manteaux et les petites robes qui assuraient l’équilibre des maisons de couturiers.

Ce match là fut plus terre à terre et davantage en phase avec la réalité commerciale : les créateurs ont affiché des collections très classiques, sans excentricité, et qui furent difficiles à départager. Et dans cette compétition, c’est le tailleur noir en grain de poudre « Matamor » de Jeanne Lanvin qui fut le plus applaudi. Au delà des défilés, à l’approche de l’automne 1950, les médias se mirent d’accord pour encenser la collection de Cristobal Balenciaga qui, d’un avis général, était « fantastique ». Cet homme très discret, qui aime se tenir loin des acclamations et des félicitations du public, est resté fidèle à la ligne qui a fait son triomphe : le noir, le tailleur, la sobriété et, en particulier, les pantalons de dentelle qu’il inventa en 1948. Ses collections sonnent comme une éternelle reconnaissance à Carmencita Franco.

Photo extraite de la couverture du livre « Automobiles et glamour, le charme des années 1950 », réalisé par Philippe Fourchaume et Frédéric Albert.

 

Tu aimes ma robe du soir, chéri ?

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Eclairer le passé pour comprendre le présent : une mission sacrée. Informer pour cultiver : une passion que je veux (...)

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