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mercredi 24 août 2011
Article rédigé par
Une revolutionnaire de la mode avec son esthétique visionnaire, Gabrielle Bonheur Chanel demeure aujourd’hui dans le Zeigeist, bien vivante à travers son parfum No. 5, ses perles, son costume de tweed et son 2.55 matelassé.
Détournant le noir de la couleur du deuil vers un symbolisme d’indépendance et de liberté féminine, la fameuse « Coco » affrontait ses obstacles avec grâce - et deux biographies comptent bien des moments tragiques, de son enfance en orphelinat à la mort prématurée de Arthur Edward « Boy » Capel, le grand amour de la créatrice. Ce septembre, la premiere grande biographie de Coco, Chanel Sa Vie, sera réedité chez Steidl, avec des illustrations signées Karl Lagerfeld, directeur artistique actuel de Chanel. A cette occasion, ARTINFO s’est entretenu avec son auteur, Justine Picardie, sur la Coco amoureuse de l’art, son rapport avec le parti Nazi et la longévité peut-être éternelle de la grande créatrice de mode.
Comment Karl Lagerfeld est-il venu à collaborer sur ce projet ?
Une première édition de mon livre était déjà parue chez Harper Collins (en 2009, ndlr). Karl l’avait alors beaucoup aimé et il a voulu créer ces dessins merveilleux. Il a vraiment su capture l’essence de Chanel, en tant que femme aussi bien qu’icône, la résumant merveilleusement bien par ses coups de crayons subtils. Ces dessins sont autonomes et ne sont jamais exagérés : pour moi, cela est fidèle à l’esprit créateur de Chanel. Décrivez-nous la démarché créative de Coco Chanel Elle utilisait ses ciseaux comme d’autres utiliseraient un stylo. Elle n’esquissait pas ses créations, elle les formaient et elle portait toujours, toujours, toujours une paire de ciseaux autour de son cou, pour ne pas s’en séparer. La nuit, sur sa tablière, il y avait une paire de ciseaux. Le Duc de Westminster, un de ses amants, lui avait offert une coiffeuse en or avec son emblème. Elle disait parfois que si elle devait avoir un emblême à elle, ce serait une paire de ciseaux.
Le premier amour de Coco Chanel l’a trahie en mariant une autre femme. Ils ont toute de même poursuivi leur affaire après les noces - jusqu’à la mort de l’amant en 1919, dans un accident de voiture. Sa fin avait plongé Coco dans une tristesse profonde - quel effet cela a-t-il eu sur son esthétique ?
La mort de Boy Capel est certainement liée au noir qu’utilisait la créatrice. La fin de 1919 était aussi celle de la Première Guerre Mondiale et beaucoup de gens étaient endeuillés : de nombreuses femmes pleuraient leurs maris, leurs fils, leurs pères, leurs oncles, leurs amants. Cela s’est poursuivi avec la Guèrre d’Espagne et l’épidémie de la grippe. Coco Chanel a alors détourné la coleur du deuil en inventant la petite robe noire, l’associant à la femme ; a son indépendance, sa liberté, sa libération dans les années 1920, l’âge du jazz. Cela dit, notons aussi qu’elle a adapté la tenue sportive du Duc de Westminster ; son tweed, ses pulls cachemire et cette sorte de costume de l’aristocracie masculine britannique.
Coco Chanel a grandi seule, dans un orphanage d’Aubazine...
Les photographes du livre montrent l’influence que cela a eu sur ses créations. Il y a cette image d’un vitrail de l’abbaye à Aubazine - son patron géométrique semble offrir un gabarit, sinon une inspiration, pour le fameux logo double C. Je pense aussi que dans l’ésthétique de la vie au couvent - les habits des nonnes, noirs et blancs - on voit des échos, des reflections qui se retrouvent dans les dessins de Coco Chanel. Elle retournait aux choses qui étaient des liens, des antécedents. Dans les rosaires et les chapelets, on voit ses perles. Les chaines qu’elle utilisait souvent sont proches de celles autour des tailles des nonnes. Les croix et les étoiles, on les voit aussi dans le couloir aux mosaiques, à Aubazine. Ce n’est pas vraiment un hommage, ni un sacrilège.
Coco Chanel avait beaucoup d’amis et elle était une grande parraine des arts. Que lui a apporté l’art ?
Je pense que c’était une partie intégrale de son train de vie. Elle en faisait partie. Elle vivait dans un temps ou Paris était le centre du monde artistique, de Picasso à Stravinsky, et ou le Modernisme prenait forme. Elle soutenait financièrement les Ballets Russes, mais elle intégrait aussi le procéssus créatif en tant que costumière - elle était parrraine et participante.
Elle attirait aussi beaucoup d’hommes créatifs, de Stravinsky à Dali. Quels étaient ses charmes ?
Elle était belle, pleine d’esprit, réussie, riche, indépendante - et évasive. Elle résistait à la capture.
Pourquoi avait-elle tendance à inventer des fausses histoires sur son passé ?
Je pense qu’elle avait honte de son passé. Elle est née illégitime en 1883, à une époque ou cela était toujours une marque d’infamie. Sa mère est morte et son père l’a abandonnée. Elle est alors devenue sa propre création, son propre chef d’œuvre. Elle réinventait la mode et le style, retaillaint ses manches 40 fois - et elle faisait de même pour son passé. Elle l’a reconfiguré tellement de fois que je me demande si à la fin, elle savait faire la différence entre la vérité et l’inventé.
Avez-vous trouvé des indices pour confirmer les rumeurs de relations lesbiennes ?
Je pense que cela l’amusait, mais les rumeurs la troublait aussi, térriblement. Les ragots sur la sexualité de Coco Chanel ont continué bien àpres sa mort, mais elle se moquait généralement de l’idée. Elle avait confié à son ami Marcel Heidrech son humiliation. Sa relation avec Misia Sert semble des fois avoir une intensité sexuelle, mais je n’ai aucune preuve de cela - et ses relations principales étaient certainement avec des hommes. Vous avez écrit que Coco Chanel utilisait des opiacés et les biographes de Misia Sert ont aussi soutenu que « pour Chanel, les drogues étaient des sédatifs innocents ».
A-t-elle jamais abusé de la drogue et cela aurait-il touché son travail ?
Elle était accro à un opiacé appelé Sedol. C’est un genre de morphine qu’elle s’injectait tous les soirs pour pouvoir dormirs - sans que cela ne paraisse incontrolâble. Elle a pris cela comme d’autres prendraient un somnifère, même si l’image d’une injection peut paraitre assez choquante. Elle n’était pas comme des contemporain tels Misia ou Cocteau, qui en abusaient, cherchaient des drogues à toutes heures et faisaient des tours de réhabilitation et de désintoxication. A partir des années 1930, elle prenait sa dose quotidienne et cela ne l’a pas tuée. Elle est morte d’une longue vie, à plus de 80 ans.
Comment avez-vous vécu votre découverte de Coco Chanel, retraçant ses pas ?
C’était formidable et un connaissance incroyable. L’orphelinat, l’abbaye d’Aubazine, sa villa La Pausa dans le sud, son apartement à Paris - ce sont des endroits ou l’on sent un voile entre le passé et le présent, et ou les vivants et les morts deviennent presque translucides. Visiter les endroits ou elle vivait, travaillait, dormait, revait, pleurait - il y a eu des moments ou elle paraissait très proche.
Pourquoi pensez-vous que tant d’auteurs centrent sur l’engagement de Coco Chanel avec les nazis ?
J’ai écrit sur Chanel et la Seconde Guerre mondiale parce qu’on ne peut pas l’ignorer. Elle a vécu une très longue vie, prèsque cent ans, de 1883 à 1971 : la Première Guerre Mondiale, la Révolution russe, le crac de Wall Street, la Grande Dépression, la Seconde Guerre Mondiale, l’assassinat de JFK - tous ces événements historiques importants. Dans le passé, il était tabou d’aborder la Seconde Guerre Mondiale et l’engagement avec les Allemands non seulement de Chanel, mais aussi d’autres designers, artistes et acteurs Français, comme Cocteau. Je ne chercherai jamais à devenir une apologiste à Chanel - il est important d’être clair et précis sur ce qu’elle à fait.
Je suppose que les gens continuent à écrire parce que Chanel demeure mystérieuse et fascinante. Les gens veulent impregner leur propre interprétation. Tout comme la petite robe noire, qui est constamment réinventée..
Melisa (xxx.xxx.xxx.36) le 24 août 2011 à 22h13
bonsoir, voici un article extremement intéressant... jetais d’ors et deja une grande fan de gabrielle chanel, de son style, de son impact sur la mode, elle était et demeurera toujours un personnage mythique. ce fut enrichissant de lire un point de vue extérieur mais expert de cette femme hors du commun. j’aimerais lire des articles comme celui ci plus souvent. merci !!! :)
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