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vendredi 6 juin 2008
Dès que je peux, je visite musées et galeries, à Paris ou au hasard de mes voyages. Je suis un amateur, pas un professionnel. Collectionneur (...)
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C’est
peu dire que je ne suis pas un grand connaisseur de Jean-Claude Van
Damme, et je dois fouiller ma mémoire pour me souvenir du dernier film
de lui que j’ai vu. Aussi, quand Darkplanneur m’a demandé un texte pour sa semaine JCVD - où vous trouverez beaucoup d’autres billets
passionnants sur Van Damme -, mon intérêt ne fut pas tant pour l’acteur
lui-même que pour sa représentation, et en particulier l’image de lui
que projettent les affiches de ses films. C’est un exercice stimulant
que Darkplanneur m’a proposé en soumettant six d’entre elles à mon
regard critique. N’ayant vu aucun de ces six films (ni n’ayant tenté de
me renseigner sur eux avant d’écrire), j’ai donc laissé libre cours à
mon imagination.
Trois des affiches, les plus évidentes, sont un élément constitutif
de l’histoire : Van Damme y est représenté comme un héros, tout
simplement parce qu’il y est montré vivant des aventures héroïques. Ce
sont des affiches illustratives : elles démontrent sa force, physique (le corps musclé du boxeur / karateka de Karate Tiger) ou armée (les pistolets de Until Death et de The Hard Corps), sa lutte contre les
méchants de l’arrière plan (le gang patibulaire de The Hard Corps, le malfrat s’effondrant dans Until Death, ses adversaires sur le ring dans Karate Tiger), et, dans un cas, son pouvoir de séduction avec la jolie métisse de The Hard Corps.
Jean-Claude Van Damme peut avoir l’air sûr de lui (The Hard Corps), soucieux et le front plissé de rides (Until Death) ou inquiet et méfiant face à un danger inconnu (Karate Tiger)
,
nous restons ici dans un registre très classique d’illustration
manichéenne du héros, doté de tous les atouts et certain de triompher. C’est une conception très classique de la mise en page et de la typographie, un peu moins percutante dans Karate Tiger où texte et image sont séparés, plus imbriquée dans les deux autres, avec même des impacts de balles dans le titre Until Death. Bien, fort, mais pas très original.
Les trois autres affiches sont autrement plus intéressantes. En
effet, au lieu de commencer à raconter une histoire, elles campent un
personnage.
On n’y voit guère que le visage de Van Damme, l’arrière plan est sommaire (un store dans JCVD), indistinct (un miroir ? dans Wake of Death) ou inexistant (Replicant). Le héros est de face, en gros plant. Dans JCVD,
on est encore assez proche du réalisme, du portrait : Van Damme nous
fixe d’un air mystérieux, quelque chose coincé entre les lèvres. Pas de
‘storytelling’, simplement une invite à entrer dans une histoire dont
nous ignorons tout. On serait bien en mal de décrypter son expression,
d’imaginer ce qu’il peut y avoir ‘derrière’. C’est que la présence du
héros suffit, son essence de héros en quelque sorte est une garantie
suffisante pour le spectateur potentiel.
Wake of Death
va encore plus loin : ne connaissant rien du scénario, on reconnaît en
bas une ‘skyline’ éclairée de rouge et de jaune derrière une mer lisse
comme de l’huile. Est-ce Manhattan ? S’agit-il d’un incendie ? La
partie supérieure de l’affiche, au dessus du titre complexifie le tout.
Van Damme est à peine reconnaissable, son visage est coupé en deux
symétriquement entre l’ombre et la lumière brutale, il semble
concentré, habité d’un regard intérieur. Que tient-il à la main ? Des
grenades ? Du feu ? Les formes fluides et indistinctes qui l’entourent
semblent venir d’un incendie. Ce n’est point tant cette réalité qui
compte ici, que la transformation du héros en icône, sa
transmutation par le feu peut-être, et le pouvoir magique qui semble
irradier de son image.
C’est une réification magique qui s’accomplit dans la sixième affiche, celle de Replicant.
Il n’y a plus ici aucun effet dramatique, aucun contexte même le plus
ténu, ni scène évocatrice à l’arrière plan, ni reflets d’incendie ou
autres accessoires.
Il
n’y a que le visage du héros, à peine identifiable, et ce visage est
traité comme un simple motif : il émerge du noir profond qui envahit le
bas de l’affiche et est coloré en trois bandes verticales rouge, grise
et rouge. Ces bandes ne suivent pas les lignes du visage, ne respectent
pas de symétrie. A y regarder de plus près, la peinture rouge semble
visible, c’est sans doute une photo peinte et non un maquillage. Van
Damme est un héros si reconnu, un vecteur si puissant de magie qu’on
peut ainsi lui dresser un autel, l’orner de couleurs incongrues, en
faire une sainte image. C’est l’icône qui se charge de sainteté, c’est
l’affiche qui se charge d’héroïsme. Nous voyons ici l’image d’un héros,
non pas parce qu’elle comporte des attributs héroïques identifiables,
mais parce qu’il s’agit d’une affiche de film sur laquelle est inscrit
le nom « Jean-Claude Van Damme ». Les premières affiches pouvaient
fonctionner sans texte et le spectateur ignorant tout du visage de Van
Damme pouvait néanmoins déduire qu’il s’agissait d’une affiche pour un
film d’action contemporain ; l’affiche de Replicant, par
contre, sans son texte, peut être une illustration de tout autre chose,
portrait de célébrité ou d’inconnu, œuvre d’art (la photo peinte évoque
William Klein) ou publicité, par ailleurs difficile à dater sur les 80 dernières années.
On
est donc ainsi passé du héros en situation, porteur de ses attributs,
digne de la peinture classique, à une abstraction de héros, une
quintessence dans laquelle les pointeurs, les éléments d’héroïsation
sont externes à l’image (et, en fait, ne résident in fine que
dans le seul nom de l’acteur sur l’affiche). On est passé d’un Van
Damme frère des Horaces de David, modèles héroïques désignés
comme tels par leurs armes et leur posture, à un Van Damme ready-made,
tel la Fontaine de Marcel Duchamp qui n’est ‘œuvre d’art héroïque’ que
parce qu’elle est désignée comme telle par son auteur, signée, nommée
et exposée (affichée).


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